Deux mois après sa création, le syndicat pour la promotion de la production agricole pays organisait hier un pique-nique pour valoriser ses produits. Plus de 1500 personnes ont répondu à l’invitation en apportant leur déjeuner et en picorant ci et là grillades, charcuterie, fruits et légumes frais offerts par les producteurs. Source Clicanoo
Discours du président de SPPAP à l’occasion du pique nique organisé ce Dimanche 13 décembre pour la défense de la production Pays
« La production agricole locale étouffée par les importations »
« Fé pa sa ! »
Dimanche 13 décembre 2009
Depuis 40 ans, nous avons construit à la Réunion le projet d’interprofession qui lie les producteurs et la grande distribution.
Année après année, nous l’avons confronté aux évolutions sociales, environnementales, écologiques, économiques, culturelles des territoires, du plus petit, notre exploitation, au plus grand, la planète.
Nous l’avons fait dans un but premier, défendre une certaine idée du développement de la Réunion.
La Réunion ne pourra éviter de choisir entre le pouvoir d’achat et l’emploi.
Le conflit récent sur les prix des carburants illustre parfaitement le dilemme réunionnais : soit on baisse le prix de l’essence et on licencie les pompistes, soit on conserve ce millier d’emplois et on augmente le prix des carburants pour tous les réunionnais.
Ce choix s’impose dans presque tous les secteurs d’activités. Il déterminera en particulier la survie ou la disparition de la production locale.
Notre préoccupation est de promouvoir la production agricole locale face aux importations massives, incontrôlées, aux conséquences économiques, sociales et sanitaires néfastes pour nos populations.
C’est pour nous une des manières de lutter contre la pauvreté, un des huit objectifs du Millénaire.
Aujourd’hui encore, en permanence, nous nous interrogeons : Comment défendre les paysans au quotidien, au plus près de leurs préoccupations ?
Pouvons-nous imaginer défendre les agriculteurs face à une crise sanitaire sans en chercher les causes dans les modes d’élevage ?
Pouvons-nous imaginer défendre les agriculteurs face à des baisses de revenu, sans revendiquer la maîtrise des productions, la répartition ?
Pouvons-nous imaginer défendre les agriculteurs confrontés à des problèmes environnementaux sans mettre en cause les politiques d’aménagement du territoire ?
Pouvons-nous défendre des prix rémunérateurs sans mettre en cause :
Les politiques libérales qui nous dirigent ?
La guerre que se livrent ici les enseignes ?
Les importations massives de denrées alimentaires qui tuent la production locale pays ?
Les GMS et leurs marques distributeurs ?
Les discours du politique qui ne fait aucun effort pour faire entrer nos produits dans les cantines scolaires et les collectivités ?
A l’évidence NON !
Depuis quelques mois déjà le paysage économique réunionnais connaît de profonds bouleversements qui affectent toutes les catégories sociales.
Cependant la restructuration du secteur de la grande distribution commence à avoir des incidences néfastes sur la pérennité et la viabilité à moyen terme des entreprises agricoles ou agro alimentaires réunionnaises, tout un pan de notre économie.
L’agriculture réunionnaise et les activités liées ont connu un important développement ces 40 dernières années grâce aux partenariats noués notamment avec les entrepreneurs du commerce et de la grande distribution réunionnaise.
Cette situation est paradoxalement en train de se retourner contre les Producteurs Locaux Pays qui, de fournisseurs privilégiés sont en passe de devenir des « fournisseurs bouche trous » de la grande distribution au motif que les consommateurs privilégient le tout venant à bas prix.
Malgré le maintien de relations intelligentes avec des groupes tels que VINDEMIA ou CARREFOUR, voire avec des enseignes indépendantes notamment dans le réseau U, la part des produits locaux pays dans le total des références vendues en GMS s’effrite de plus en plus face à la hausse des volumes des produits importés.
« L’heure est donc à l’action… Vous mobiliser, c’est lutter »
Les agriculteurs, éleveurs et salariés de la production, des coopératives agricoles et de l’agroalimentaire, ont décidé d’agir.
L’arrivée des hard discounters, tels que LECLERC et LEADER PRICE a précipité cette tendance à la recherche permanente de premiers prix.
Nous ne pouvons pas être compétitifs vis-à-vis de produits uniformes fabriqués à grande échelle pour des marchés Européens, voir mondiaux. Cette demande de faire des Marques de Distributeurs (MDD) avec la production locale pays à la Réunion n’est pas du tout adaptée à notre petit marché Réunionnais, sans économie d’échelle.
Les Marques de Distributeurs présentées comme la panacée au développement de la production locale sont un leurre, à la fois pour le consommateur et pour le producteur qui se voit contraint de renoncer à sa marque pour brader des produits de qualité sous une étiquette distributeur et renoncer ainsi à afficher ce qui fait les spécificités et les qualités terroir de son produit ;
Nous pensons que les GMS doivent au contraire agrandir leurs espaces de vente dédiés à la production locale pays et assurer, notamment à travers une information claire et transparente, un choix réel au consommateur, à travers la diversité des références proposées.
Nous sommes également des consommateurs soucieux de notre pouvoir d’achat et savons que la recomposition qui s’opère en ce moment au niveau de la grande distribution ne se fait pas au profit du consommateur même s’il en est le prétexte, mais ce que nous assistons actuellement c’est « une guerre » entre les différents groupes financiers.
La production locale pays ne peut pas être prise en otage de la grande distribution.
Cependant il est surprenant de constater que les 2 organisations patronales locales, la CGPME et le MEDEF sont présidés par les 2 représentants des hard discounters locaux, et qui de part leurs stratégies « de guerre » dans la grande distribution pour faire leur place au soleil sont en train de tuer la production locale pays en nous imposant les MDD et en nous excluant des référencements en magasin.
Des exemples, notamment à Mayotte et aux Antilles montrent que lorsque la production locale pays est inexistante la concurrence entre les distributeurs se solde à chaque fois par une hausse globale des prix à la consommation. Un carton de 10 kg de cuisses poulets congelé coûte 20€ à la Réunion contre 50 € à Mayotte.
Voulons-nous d’une île de la Réunion sans agriculture et sans production pays pour laisser la place aux importations de produits sans saveur, sans origine déterminée, sans traçabilité apparente et sans âme ?
Qui fabrique tous ces produits congelés en provenance du monde entier ? Des enfants ? Des ouvriers esclaves ?
Avec quoi nourrit-on les animaux destinés à ce marché mondial ? Des farines animales, des hormones ?
La planète pourra t-elle encore supporter de voir ses poumons verts comme l’Amazonie détruits de jour en jour pour fournir à ces élevages immenses l’alimentation dont ces animaux ont besoin ?
Devons-nous à la Réunion arrêter toute production pays pour devenir des « tubes digestifs ambulants » et oublier notre culture à travers la cuisine réunionnaise à base de produits issus de notre agriculture pays ?
A toutes ces questions, chaque jour chacun d’entre nous apporte sa réponse par son acte de consommation.
Si certaines enseignes de la grande distribution décident de remplacer les produits locaux par des produits importés pour soit disant baisser les prix sans diminuer leurs marges bien sûr, plusieurs milliers d’emplois sont menacés.
En effet, les autres enseignes devront s’aligner sur les nouveaux prix pour ne pas perdre de parts de marché. Les systèmes de péréquation interprofessionnels qui permettent de compenser les surcoûts locaux par une taxe volontaire versée par les distributeurs, vont éclater.
Cet accord a garanti l’existence de la production locale des produits d’élevage depuis près de 40 ans. Sa disparition entraînera la disparition de 70% à 80% de la production agricole et agro-alimentaire destinée au marché local.
Les ménages réunionnais paieront leurs aliments un peu moins chers au départ, mais 6000 réunionnais perdront leurs emplois. 6000 emplois ce sont 20 000 réunionnais dans la détresse et la précarité et l’Etat devra prendre le relais.
En créole ont dit toujours : « Bon marché y coût cher »
Les importations de produits doivent être des compléments indispensables à la production locale pays non l’inverse.
Tous les pays parlent de sécurité alimentaire, il est vital pour notre île de garantir une grande part de ce que nous consommons pour :
· Prévenir le besoin
· Habiter sur l’ensemble du territoire
· SAUVEGARDER nos savoir-faire et nos coutumes
Les entreprises agricoles et agro alimentaires réunionnaises garantissent des emplois pérennes et donc des revenus à leurs exploitants ou salariés et de nombreux emplois induits qui sont directement affectés par ces importations supposées contribuer à la baisse du coût de la vie. (Dans nos interprofession : 700 éleveurs et 4000 emplois directs)
C’est simple à comprendre : « Un produit importé, c’est un produit avec des emplois ailleurs ».
« Un produit local c’est un bon produit d’ici avec des emplois ici »
Il en va de la survie de plus de 20 000 familles Réunionnaises qui vivent et qui travaillent à la Réunion et qui font avancer chaque jour l’économie locale.
Alors que le chômage progresse plus rapidement qu’en métropole et que le nombre d’emplois aidés diminue, il est évident que le gros problème de la Réunion n’est pas le pouvoir d’achat mais l’emploi. Oui je le répète, le pouvoir d’achat est un faux problème, c’est l’emploi notre réelle préoccupation.
Des gens qui ont un salaire consomment, épargnent, investissent, construisent, se cultivent, se soignent …. des gens qui vivent à la limite du seuil de pauvreté survivent en consommant ce qui les maintient en vie.
La question de l’emploi de toute façon va s’imposer avec d’autant plus d’acuité que le chômage touche maintenant des populations mieux formées qui font pas partie du monde de l’exclusion silencieuse.
Ce monde de l’exclusion risque d’ailleurs d’être de moins en moins silencieux à mesure que les revenus de substitutions s’amenuisent ou disparaissent. L’accès au RMI semble bloqué en raison des retards de paiements de l’État, et les prévisions d’évolution des emplois aidés sont négatives.
Chacun en convient, le modèle des trente dernières années qui permettait de faire en même temps des sur-marges et des augmentations de salaire est en fin de vie. Il est remis en question par l’État qui est en mesure de dicter sa loi et d’imposer une réforme des outre-mer en réduisant le volume des transferts.
Ce modèle était basé sur une augmentation disproportionnée des transferts publics pour un résultat relativement modeste en en termes de création d’emplois.
Pour que l’emploi soit moins dépendant des ressources publiques ou privées extérieures, nous ne pouvons pas compter sur les secteurs du commerce et des services qui dépendent de la demande des ménages laquelle est à son tour dépendante du volume des transferts.
De plus ces secteurs d’activités occupent la totalité de leur marché. Ils ne peuvent que détruire de l’emploi en progressant en compétitivité (on n’a qu’a regarder la mise en place des caisses automatiques dans les supermarchés).
Seules les activités d’import substitution et d’exportation ont des marchés à conquérir.
Il faut donc développer ces secteurs d’activité pour qu’ils se substituent partiellement aux transferts publics pour alimenter la demande locale.
Ce sont donc les réunionnais et eux seuls qui devront supporter cette charge supplémentaire pour permettre le développement de l’emploi.
Cela démontrera la solidarité de la société réunionnaise et sa capacité historique à faire face aux situations de crise.
N’ayons pas seulement le discours sur le développement économique et social de notre pays, porté notamment par la Réunion Economique, mais construisons, avec les producteurs de produits pays, un vrai partenariat pour un développement partagé pour les 30 prochaines années.
Redéfinissons nos relations dans le cadre des interprofessions. Il n’y a pas un qui doit dominer l’autre mais ensemble nous devons trouver, comme nos aînés, des solutions intelligentes pour promouvoir le développement endogène cher à notre Président de la République.
Les outils industriels réunionnais qui résultent d’investissements conséquents ne sont pas compétitifs face à des outils de production de masse même si on y ajoute les coûts de transport des produits ainsi importés.
Les importations ont aussi des coûts sociaux, environnementaux voire culturels qui ne sont pas pris en compte dans une perspective de développement durable et qui ne sont jamais portés à la connaissance des consommateurs réunionnais pris en otages, comme les producteurs pays, dans la guerre sans merci que se livrent les enseignes de distribution au nom de la qualité de vie !!!!
Ce syndicat, nous l’avons ouvert pour mettre en ligne, en cohérence, la défense des productions pays aujourd’hui menacée.
Vous savez tous que la disparition des productions pays entraînera dans son sillage la destruction de ces milliers d’emplois locaux et contrairement aux idées reçus, à une flambée des prix des denrées alimentaires comme nous pouvons le voir aujourd’hui chez nos amis mahorais ou antillais.
Il faut le rappeler avec force, les emplois qui seront perdus dans l’agriculture et dans l’industrie ne sont pas récupérés ailleurs, dans d’autres secteurs où la Réunion serait plus compétitive.
La raison en est simple : de tels secteurs plus compétitifs n’existent pas et ne peuvent exister dans les conditions économiques spécifiques qui sont celles de la Réunion.
Aucune filière d’exportation ne peut se développer sans s’appuyer d’abord sur un marché intérieur significatif, sur un avantage comparatif permanent ou sur un système d’aide.
Cette réalité est expérimentée depuis plus de cinquante ans par toutes les économies isolées indépendantes de la planète.
Nous devons répéter inlassablement que notre devoir est de nous inscrire face aux enjeux majeurs qui se présentent à nous :
- la nécessaire obligation de nourrir en diversité, en qualité et en quantité une population réunionnaise sans cesse en augmentation ;
- La nécessité de contribuer au développement durable par une meilleure gestion et protection de nos ressources en eau, une meilleure valorisation de nos effluents d’élevage et une meilleure implication des agriculteurs dans la rechercher d’autres sources énergétiques tout en diminuant drastiquement leur consommation ;
L’agriculture est au centre de tous ces enjeux.
Nous devons impérativement conserver partout des systèmes d’exploitation agricole et des paysans car ceux sont nos exploitations et nos paysans qui constituent le creuset pour l’emploi – paysan et salarié.
L’agriculture ici à la Réunion est la base du système socio économique.
Par notre travail, nous orientons les systèmes de production, nous répartissons la valeur ajoutée, nous produisons près des consommateurs, nous créons de l’emploi.
L’agriculture est aussi le socle qui nous permettra de renouveler la population agricole.
L’agriculture, avec l’emploi qu’elle induit, avec la reconnaissance du rôle culturel, social et économique des territoires est l’expression locale, régionale de la souveraineté alimentaire.
Pour y parvenir :
L’Etat doit pouvoir instaurer des politiques de défense et de maintien de nos agriculteurs.
La régulation des importations est déterminante dans le processus du développement des productions endogènes. J’invite les technocrates, les bureaucrates et les politiques à s’investir sur ce sujet pour nous proposer des solutions adaptées à nos économies insulaires.
Les agriculteurs et leurs entreprises coopératives ont largement participé dans les différents ateliers des états généraux de l’outre mer voulus par le Président de la République, notamment l’atelier 1 (formation des prix) et 2 (Développement endogène de la production).
Le syndicat soutient totalement les propositions faites par les coopératives agricoles, à travers notamment le projet DEFI qui vise à développer les productions animales de plus de 40% des volumes sur les 10 années à venir.
Tout cela est possible, il suffit d’une bonne volonté. Le Président de la République lors du conseil interministériel de l’Outre-mer à fait un grand pas dans ce sens en abondant le POSEI de plus de 40 millions d’euros par an. A nous maintenant de trouver ensemble les articulations nécessaires pour mettre en œuvre ce projet.
Nous attendons également des collectivités territoriales qu’elles remettent à plat leurs commandes pour la restauration collective pour nourrir nos enfants dans les écoles, collèges, lycées, universités, hôpitaux…
Nous attendons d’elles des décisions et des actes précis.
Nous attendons qu’elles généralisent le manger péi dans nos cantines scolaires.
Pour cela, nous publierons chaque année le hit parade des communes sur leurs engagements vis-à-vis de la production pays.
Pour résumé je dirais :
Vous mobiliser, c’est lutter et lutter c’est consommer pays.
Croyez moi, face à nous, les choses vont se durcir maintenant et il est important de donner du crédit à ce mouvement syndical pour l’aider à prendre toute sa place dans le rapport de force qui s’installe aujourd’hui dans le monde économique local pour dire avec force et détermination
Halte aux importations massives de denrées alimentaires qui tuent la production locale !
Chaque fois qu’une crise animale se déclarait à travers le monde (dioxine, ESB, fièvre aphteuse, grippe aviaire, grippe porcine etc.), les produits incriminés en provenance des pays ou régions touchés sont déversés sur les marchés d’Afrique et sûrement à la Réunion.
De nombreuses personnalités dans le monde sont convaincues de l’existence d’un réseau international qui collecte des produits alimentaires de qualité douteuse, qui échappent à la destruction dans les pays d’origine à l’instar de l’affaire “restaurant Buffalo Grill” en France”
Halte aux discours démagogues du politique qui ne fait aucun effort pour nos produits dans les cantines et collectivités !
Halte aux GMS qui renoncent aux produits locaux pour les marques distributeurs
« Kréol la dit arrêt coupe la branche sous nout fesse »
- Pou zimportateurs y fé rentre plus 100 000 containers chaque année pou détruire la production locale nous dit à zot : « Fé pa sa »
- Pou ban magazins y veut impose à nou zot MDD nou dit à zot : « Fé pa sa »
- Pou band gros zéléphans y batail entre zot et y écrase les fourmis que nous sommes, nous dit à zot : « Fé pa sa »
Pou band politique qui fait aucun l’effort pour fé rentre nos produits dans les cantines scolaires et les collectivités nou dit à zot : « Fé pa sa »
- Pou tout ban do monde y achet la viande congelé du Brésil ou d’ailleurs en carton 10 kg nou dit à zot : « Fé pa sa »
- Pou bande do moune lé entrain scié la branche sous la fesse zot marmailles en consommant systématiquement ban produits déhors nou dit à zot : « Fé pa sa »
Merci de votre attention !
Pour votre déjeuner je vous propose maintenant de consommer sain et local avec nos produits pays.
Bon appétit zot tout !
Le Président Benjamin Elma


